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L'auteur du mois

  • Septembre 08
    • Jean-Michel RIBES 
      Auteur : Andrée Chapalain

      Jean-Michel Ribes nait à Paris en 1946 et grandit dans un milieu artistique du fait du mariage de sa mère avec le peintre Jean Cortot . Intime des peintres et des poètes , il fait connaissance du peintre Gérard Garouste qui restera son ami et deviendra parfois son collaborateur .

      Attiré par la peinture, c'est finalement vers des études de lettres qu'il se dirige . Il faut dire qu'à l'époque ( en 1966) , il a déjà fondé une compagnie de théâtre , la Compagnie du Pallium avec ses amis Garouste et Philippe Khorsand . Jean-Michel Ribes a le sens du travail collectif , de l'échange et de l'émulation . "Le peintre est seul" dit-il , "l'auteur dramatique est plusieurs", "écrire une pièce me rend malade , la montrer me guérit". Pour ce créateur , à la fois auteur , comédien et metteur en scène les choses se complètent et s'ensemencent mutuellement ; pour celui qui fut dès son jeune âge en présence d'artistes et de gens de lettres , la scène est un tout . Pour l'auteur dramatique c'est l'époque des rencontrent : quelques noms se dégagent de la mouvance bouillonnante des années soixante comme Copi , Arrabal , Jérôme Savary . Ils ont en commun le sens de l'humour décapant , de l'insolite , de l'absurde voire de la provocation . Jean-Michel ribes met en scène Je rêvais peut-être de Pirandello et Le Lai de Barrabas  de F.Arrabal .

      A partir de 1970 il se met à l'écriture avec sa première pièce Les fraises musclées créée l'année même et reprise durant huit ans avec succès . Il présente ensuite d'autres pièces Il faut que le sycomore coule (1971) , Je suis un steak (1972) , Par delà les marronniers (1972) , L'Odyssée pour une tasse de thé (1973) , Jacky Paradis (1977) , On loge la nuit-café à l'eau (1975) , Tout contre un petit bois (1976) , en tout une vingtaine de pièces qui intègrent des créations musicales et des décors d'artistes contemporains : Gérrard Garouste , Yannis Kokkos , Lewis Furrey , Georges Couroupos ... parallèlement il s'entoure d'un groupe de jeunes comédiens dont Gérard Darmon , Phillipe Khorsand , Myriam Mézières et remporte en 1976 le prix des U , le prix Plaisir théâtre et le prix des Jeunes auteurs de la SACD .

      En 1974 sa compagnie et celle de Michel Berto fusionnent ; ensemble ils vont créer plusieurs pièces , s'engageant ainsi dans la défense des auteurs vivants . C'est en 1984 que jean-Michel Ribes prend seul la direction de la compagnie et met en scène des pièces de Jean Tardieu , Harold Pinter (L'Anniversaire) mais aussi Eugène Labiche (La Cagnotte) .  

      Brèves de comptoir reçoit en 1995 le grand prix de l'Humour Noir . Vont suivre dans cette série de distinctions: le Grand Prix de la Critique en 1998 pour Rêver peut-être de Jean-Claude Grumberg.

      A la télévision on retrouve l'auteur dans des téléfilms mais c'est surtout les deux séries cultes Merci Bernard (1982-1984) et Palace (depuis 1988) qui confirment sa volonté constante de travailler en équipe (avec Roland Topor et Philippe Khorsand) . Pour le cinéma il réalise quatre films dont Chacun pour toi (1992) et Le Hérisson (1998) . En 2007, il adapte sa pièce Musée Haut Musée Bas , sorte de réquisitoire contre la bêtise et les supercheries qui règnent dans le "temple de l'art" ; ne nous y trompons pas : ici c'est moins l'art qui se donne en spectacle que ceux qui le fréquentent . La dernière scène de "Théâtre sans Animaux" annonçait la génèse du thème : l'art , le musée et ses visiteurs . Jean-Michel Ribes nous y plonge cette fois pour de bon , le temps de la pièce . Un peu comme au théâtre , le musée suscite une rencontre "physique" avec les oeuvres d'art , très différente des images immatérielles de nos écrans . Mais l'impact ne tient pas seulement à cela ; le visiteur se trouve parfois déboussolé face à quelque chose dont il ne saisit pas le sens (car celui-ci dépend d'un contexte et d'une démarche singulière) ; d'où le désarroi ou les propos saugrenus des visiteurs . Voyons-y une satire mêlée de tendresse plutôt qu'une critique acerbe. En effet , le musée comme le théâtre est un espace de liberté (et la création s'y exprime au prix parfois d'une incompréhension). Si Jean-Michel Ribes malmène cette vieille institution c'est aussi pour lui rendre hommage au passage ! "dans nos pays civilés, il n'y a pas de censure" rappelle l'auteur, conscient de partager une grande liberté artistique avec les écrivains , les peintres et les sculpteurs .

      En 2002, Jean-Michel Ribes prend la direction du Théâtre du Rond-Point. Lauréat du prix du Théâtre de l'Académie française, il poursuit la défense et la promotion des auteurs contemporains . Ses préférences vont bien évidemment aux oeuvres drôles et graves à la fois , celles qui de manière dérisoire ou absurde interrogent la société et les hommes d'aujourd'hui , ainsi que leur système de valeurs fondées sur le pouvoir et l'argent . D'une certaine manière on peut dire que Jean-Michel Ribes se situe dans la filiation de Rabelais , Copi , Queneau ... Dans ce même esprit, il publie en 2007 " Le Rire de Résistance", ensemble de textes au pouvoir subversif destinés à "dégraisser" notre pensée prisonnière des conventions, du sérieux, du formatage et qui sont des formes sournoises de dictature.

      "La culture, la création c'est la vie, la circulation sanguine de la nation".   Jean-Michel Ribes